Evacuation du Keelbeek à Bruxelles : le gouvernement Michel dérape

Communiqué de presse Haren Observatory – 22 août 2018

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"Sur le terrain du Keelbeek, les policiers prétendaient ignorer qu’un recours avait été introduit. Or, au même instant, l’État belge, qui était représenté à l’audience, refusait de répondre à la question du juge qui demandait si l’ordre d’évacuation avait été executé. (...)
Les occupants lanceurs d’alerte du Keelbeek ont demandé à leur conseil d’envisager les suites qu’il convient de donner à ces actes inacceptables."

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Hier matin vers 7h00, des citoyens dormant sur le terrain du Keelbeek pour le protéger ont été évacués par la police.
A 9 heures le même jour, l’ordre d’évacuation exécuté juste avant était contesté devant le juge qui examinait un recours en tierce opposition introduit par les opposants. C’est la deuxième fois que le ministre de l’intérieur procédait de la sorte, court-circuitant la procédure judiciaire en exécutant l’évacuation contestée avant même que le juge se soit exprimé.

Sur le terrain du Keelbeek, les policiers prétendaient ignorer qu’un recours avait été introduit. Or, au même instant, l’État belge, qui était représenté à l’audience, refusait de répondre à la question du juge qui demandait si l’ordre d’évacuation avait été exécuté.
Cette déloyauté du gouvernement Michel à la face même de la Justice témoigne du profond mépris qu’il porte à cette institution. Il ne faut cesser de rappeler à ce gouvernement que la Justice est indispensable à toute démocratie.

Pour les citoyens qui défendent la zone naturelle du Keelbeek et qui ont vu le ministre de l’intérieur agir de la sorte pour la deuxième fois, le message est limpide : dans ce dossier le gouvernement Michel essaye de contourner la loi et vide les principes de la démocratie de leur substance. Cette analyse est confortée par 10 ans de lutte citoyenne au cours desquelles l’opacité a en permanence été organisée autour de la mégaprison, les citoyens constamment désinformés pour faire passer en force un projet toxique.

Les occupants du Keelbeek soulèvent un autre point de sérieuse préoccupation.
Après l’évacuation, les policiers ont interdit l’accès au terrain, et le feu a été bouté aux habitations, cabanes et au matériel privé qui se trouvaient sur le terrain.
Les occupants et riverains ont pu observer la scène suivante. Ils ont demandé aux policiers avec quelle autorisation ils pouvaient mettre le feu à des biens privés, à quoi les officiers ont répondu que c’était en réalité « des ouvriers » qui avaient mis le feu.
Quelques instants plus tard, les pompiers arrivaient avec leurs véhicules, appelés par d’autres riverains qui s’inquiétaient de l’incendie et des dégagements de fumée noire. La police les a alors empêchés d’aller sur le terrain. Leur demandant à quel titre ils pouvaient faire des incendies en espace ouvert, qui plus est en l’absence de spécialistes du feu, les pompiers se sont vus répondre par les policiers que ces derniers avaient le droit de le faire.

Un article de l’édition du 21 août 2018 du journal Le Soir [1] indique que les ouvriers auraient mis le feu sur ordre de l’huissier, lui-même diligenté par la Régie des bâtiments. Ni la police ni le bourgmestre n’auraient eu la compétence de s’opposer à l’huissier, qui se trouverait donc dans la position d’avoir créé un incendie de biens privés à l’air libre sous le regard des policiers et en l’absence des pompiers. Cette situation demande des clarifications rapides et exhaustives de la part des différentes autorités concernées.

En outre, les riverains ont pu observer que la police a dans un premier temps empêché les pompiers d’avoir accès à la zone, avant de laisser quelques un d’entre eux regarder la scène, sans intervenir. Là encore un problème de légalité évident se pose.

A la connaissance des occupants et riverains, ni la police ni personne d’autre ne dispose du droit d’incendier à ciel ouvert des biens privés qui ne représente aucun danger ni aucune menace, encore moins sans préavis dument notifié. En outre le caractère polluant de cette incinération sauvage soulève également des problèmes de compatibilité avec la réglementation environnementale.

L’attitude du gouvernement Michel est particulièrement choquante : pour faire passer en force un projet de mégaprison critiqué de toutes parts qui ne répond à aucun des problèmes qu’il est censé solutionner, le ministre de l’intérieur, par la voie de ses services, n’hésite pas à court-circuiter la justice et à enfreindre les lois de la police et de l’environnement.

Les occupants lanceurs d’alerte du Keelbeek ont demandé à leur conseil d’envisager les suites qu’il convient de donner à ces actes inacceptables.